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  • Auteur
    Jérémy Bachelet
  • Date
    07.07.2026
  • Temps de lecture
    5 min
  • Catégories
    Identité de marque
Les tropes que l'IA nous impose

Trop c'est trope

Trop c'est trope
Les tropes que l'IA nous impose

Insupportable à lire ?

Dites moi que vos yeux saignent à minima un tout petit peu en ayant lu le post ci-dessus ! Dites moi que je ne suis pas le seul à devenir dingue quand je vois l’état de mes feeds et des articles en ligne … Les fausses triades, le « là où ça devient intéressant », les tirets cadratins, le rythme général de la structure de l’article… Je n’en peux plus d’être submergé par ce gruau littéraire.

Et vous savez pourquoi c’est aussi insupportable à lire ? Parce que c’est du vent digital. Parce que le tsunami du contenu généré de la manière la plus paresseuse qu’il soit est devenu un standard auquel nos pauvres cerveaux sont soumis quotidiennement.

Certes… Il m’a fallu dix fois plus de temps pour écrire ce petit paragraphe que pour générer le post bullshit ci-dessus. Il est aussi probable que ce paragraphe, à lui seul, plombe le score GEO de la page entière.

Mais par pitié, ne pourrait-on pas avoir un peu plus de respect pour les marques que nous représentons (et pour nous-mêmes, certains d’entre nous étant leur propre marque), et fournir NE SERAIT-CE QU’UN MINIMUM d’effort pour raconter à nos audiences quelque chose de significatif qui respecte son ADN et sa personnalité ?

Tropes AI

Mais qu’est ce qui fait que tous les posts semblent avoir été pondu par le même cerveau creux ? Ces tournures utilisée à outrance par tous les modèles actuels d’IA générative ont un nom: les tropes IA (« dun dun duuuun »).

Les tropes sont définis comme des éléments narratifs récurrents. Ceux auxquels je m’intéresse dans cet article, les tropes IA, sont donc simplement utilisés comme feuille de route rédactionnelle par les LLMs pour simuler l’expertise linguistique de création de contenu.

Pourquoi existent-ils ? La raison est assez simple: à cause de nous. Les AI génératives, nourries de milliards de sources littéraires, ont simplement standardisé un mix « moyen » de tournures grammaticales, lexicales et sémantiques censé imiter à la perfection les meilleurs créateurs de contenu.

Alors c’est évidemment très malin… en théorie.

En pratique, c’est comme si :

  • Tous les posts LinkedIn commençaient par une phrase choc d’une ligne. Puis un espace. Puis une confession vulnérable, mais pas trop. Ah, on le faisait déjà.
  • Chaque prise de parole devait contenir un échec transformé en leçon de vie (« On m’a dit non 47 fois. Voici ce que ça m’a appris »). Ah, ça aussi on le faisait.
  • Comme si on félicitait publiquement des inconnus pour leur « post qui fait réfléchir » sans avoir dépassé la troisième ligne. Ah….bon ok.

Vous voyez où je veux en venir ? En fait, on n’a pas eu besoin de l’IA pour standardiser nos contenus et nous auto-bombarder de tropes à tout va…En fait, les tropes IA ce sont nos feeds de 2019, compressé, « moyenné », et resservi à volonté.

Ils sont même répertoriés pour le meilleur et pour le pire et une fois qu’on ouvre les yeux…on les voit PAR-TOUT.  Je vous renvoie à l’excellent site Sloppy Pasta qui vous fera passer un excellent moment et vous plongera dans l’analyse de ce triste phénomène.

On décortique?

Poussons l’exercice jusqu’au bout ! Le faux et tellement insupportable post Linkedin en début d’article là, et bien il a été généré sur base d’une seule phrase-source, en forçant un LLM à réécrire cette phrase sous l’angle des tropes AI les plus utilisées par les LLM’s (Cyrano de Bergerac-style, Vous avez la ref ?). Le plus fou ? Ca crée presque un texte continu…

La question rhétorique isolée
Nos feeds sont-ils encore vivants ?

Le retournement
Ce n’est pas l’IA qui a vidé nos feeds de leur âme. C’est nous qui n’en avions plus besoin pour publier.

La triade
Pas plus intelligent. Pas plus sincère. Juste plus rapide.

La fausse confidence
Honnêtement ? Je ne me souviens plus du dernier post qui m’a vraiment touché.

L’autorité non sourcée
Les experts sont formels : nos feeds n’ont jamais été aussi remplis — et jamais aussi vides.

La chute artificielle (« voici le vrai problème »)
Et voici le vrai problème : l’algorithme s’en est aperçu avant nous.

L’escalier décroissant
Du contenu.
Du volume.
Du vide.

La métaphore du copilote
L’IA n’a pas tué nos feeds. Elle a pris le volant — et personne n’a remarqué qu’il n’y avait plus personne à bord.

L’euphémisme corporate
On ne produit pas moins de sens. On optimise la cadence de publication.

La métaphore filée, épuisée
La riche tapisserie de nos échanges numériques s’est muée en tableau Excel qui se prend pour de la poésie.

Le faux dilemme résolu
Ce n’est pas un problème de technologie. C’est un problème d’âme.

Le pathos en cascade
Je ne dis pas que ces posts sont mauvais.
Je dis qu’ils n’existent pour personne.
Pas même pour celui qui les a publiés.

La victime principale

Alors je m’énerve, je trépigne…mais est-ce que je n’ai tout simplement pas un petit peu trop de temps libre pour passer mon temps à analyser tout ca ? Et est-ce qu’on s’en fiche pas un peu, au fond ? Et bien…non, parce que la victime principale dans tout ça, ce n’est pas (que) moi, c’est votre marque (votre « brand equity » comme on aime bien dire dans les agences).

Générer un article sur n’importe quel modèle actuel avec un prompt aussi ambitieux que « Agis en tant que créateur de contenu digital et écris un article qui parle de l’utilisation de l’intelligence artificielle pour générer du contenu » va vous garantir 3 choses :

  1. La production d’un contenu dont la profondeur sera digne du pédiluve de votre piscine communale ;
  2. Rendre frapadingue toute personne en quête de contenu intéressant ;
  3. Endommager un peu plus votre image de marque à chaque phrase générée .

Alors prenons une grande inspiration, retroussons nos manches de grandes filles et de grands garçons courageux, et prenons un peu le temps d’utiliser l’IA pour renforcer le capital de notre marque, pas pour inonder nos écosystèmes de contenu sans saveur ni valeur.

Allez, répétez après moi : « Ma marque vaut mieux que ça, et moi aussi. »

Voilà, j’ai fini !

Pour vous remercier d’avoir tout lu, voici une petite galerie d’exemples florilèges (anonimysés mais tous réel, malheureusement)…Et celui du dessus est de moi (Killmeplease).

PS: Si après avoir lu tout ceci, vous vous demandez « Ok, mais concrètement c’est possible d’utiliser un LLM pour générer du contenu tout en respectant ma marque? » La réponse est OUI et on serait ravi de vous expliquer comment.

Parce qu’on est ni immunisés contre la paresse, ni donneurs de leçons, sachez que celle tout au dessus, c’est un post que j'ai "créé" à une époque pas si lointaine, où je ne me rendais pas compte à quel point mon cerveau était endormi ("Dun dun duuuuun" bis)


Brand Equity : et si le vrai risque, c'était d'être oublié ?